Ma guerre n’est pas finie


Sarajevo, Bosnie Herzégovine. Je pars questionner ses adolescents, je trouve des trous béants.
Le mien s’élargit à chaque pas. Je tente de saisir ce que je ne sais pas. L’invisible. L’impalpable.
Et cette phrase, entendue lors de mon second voyage, qui se met à résonner en moi et en tout, rencontre après rencontre, mur après mur: la guerre n’est pas finie.

Sarajevo, 24 ans après la fin du siège, vit dans le spectre des replis communautaires qui trouvent un nouveau point d’ancrage dans un contexte d’élections au sein desquelles les partis nationalistes sont sortis vainqueurs. La mafia et la corruption sont partout et se nourrissent d’un système politique et administratif complexe et inchangé depuis les accords de Dayton, alimenté par l’arrivée massive d’argent et de touristes en provenance du proche-orient. En résulte un fatalisme collectif, une marche inéluctable, qui pousse notamment les plus jeunes générations à vouloir partir. Rester signifie devoir se battre pour, de toute façon, se soumettre à l’échec. Le défaitisme s’arrime à l’existence et crée un abîme que je choisis de capter.

Entre faillite de la mémoire et recommencement perpetuel de l’histoire, « Ma guerre n’est pas finie » est un arrêt sur image sur la jeunesse bosniaque dont l’avenir et les contours reposent sur un héritage de guerre, de trahison et d’exil.

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